Étude sociologique sur les usages et les usagers de protoxyde d’azote dans les Hauts-de-France
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Rapport d’enquête Étude sociologique sur les usages et les usagers de protoxyde d’azote dans les Hauts-de-France
Ce rapport d’enquête a été publié en 2022 par Antoine Talva, Maya Leclercq.
Il s’agit d’une étude sociologique sur les usages et les usagers de protoxyde d’azote dans les Hauts-de-France.
1. Un phénomène récent dans sa forme actuelle, mais pas totalement nouveau
Dans les Hauts-de-France, le phénomène devient particulièrement visible à partir de 2017, notamment dans l’espace public lillois : les nombreuses cartouches abandonnées dans les rues constituent alors un premier indice de l’ampleur prise par les consommations. Les incidents sanitaires et les consommations au volant contribuent ensuite à attirer l’attention des médias et des pouvoirs publics.
L’étude souligne le rôle déterminant de l’accessibilité du produit. Le marché s’est développé et adapté aux mesures prises par les pouvoirs publics, avec une diversification des produits et des modes d’approvisionnement.
2. Une consommation fortement influencée par l’environnement social
La première expérimentation est souvent liée à la curiosité, mais aussi à l’environnement social.
Les jeunes interrogés décrivent un produit très présent dans leur entourage : amis, connaissances, quartiers, soirées, réseaux sociaux, etc. La consommation peut donc apparaître comme une pratique « normale » au sein de certains groupes.
Les réseaux sociaux jouent notamment un rôle dans la banalisation de l’usage : les images et vidéos montrent essentiellement les aspects festifs et amusants de la consommation et contribuent à minimiser ses dimensions négatives ou dangereuses.
Le produit bénéficie d’une image assez spécifique : contrairement à certaines drogues considérées comme plus dangereuses ou plus « illicites », le protoxyde d’azote peut être perçu comme un produit relativement banal.
3. Un produit avant tout associé à la fête et à la convivialité
L’étude montre que le protoxyde d’azote est rarement décrit comme une substance consommée isolément.
Il est fréquemment intégré à des contextes festifs et à des polyconsommations, notamment avec :
- l’alcool ;
- le cannabis ;
- d’autres produits consommés en contexte festif.
L’un des attraits majeurs du produit réside dans le caractère très intense mais très bref de ses effets.
4. Des usages beaucoup plus diversifiés qu’une simple consommation festive
L’étude observe également des consommations en dehors des soirées : dans la rue, à proximité de certains commerces, dans certains quartiers ou encore dans des situations liées au quotidien.
Les observations ethnographiques réalisées à Lille et Amiens ont notamment permis de constater la présence de cartouches et de bonbonnes dans l’espace public.
5. Des pratiques de réduction des risques déjà présentes chez les usagers
Contrairement à l’idée selon laquelle les jeunes consommateurs ignoreraient totalement les risques, l’étude montre qu’une grande partie d’entre eux connaît certains dangers associés à la consommation.
Les usagers mettent notamment en place des pratiques destinées à limiter les risques immédiats liés aux modalités de consommation. Les consommateurs semblent davantage savoir comment éviter certains dangers immédiats que comprendre les conséquences d’une consommation répétée ou intensive dans le temps.
6. Une croyance problématique autour de la vitamine B12
L’étude met particulièrement en évidence une carence informationnelle concernant les mécanismes des complications neurologiques.
Une croyance est notamment relevée chez certains jeunes : celle selon laquelle la prise de vitamine B12 permettrait de prévenir ou de résoudre les conséquences d’une consommation importante de protoxyde d’azote.
Le rapport appelle surtout à passer d’une vision simpliste du protoxyde d’azote comme produit « banal » ou, à l’inverse, comme seule « drogue dangereuse », à une approche différenciée combinant prévention, réduction des risques, compréhension des contextes sociaux et accompagnement des usages problématiques.