UN CHEZ SOI D’ABORD JEUNES : Expérimentation et effets – CREAI-ORS

Source : CREAI-ORS

Objectifs

Le dispositif « Un chez soi d’abord » est une transposition française des programmes « Housing First », proposant un accès direct à un logement indépendant et à un accompagnement par une équipe médico-sociale à des personnes à la rue présentant des troubles psychiques sévères. En 2019, une adaptation de ce dispositif aux jeunes adultes a été initiée à Toulouse et à Lille. L’enjeu était de proposer un toit pour réduire les probabilités de se retrouver à la rue pour ces jeunes, ou de loger rapidement ceux qui étaient déjà sans domicile.

Ce rapport restitue les résultats de l’évaluation de cette expérimentation. Elle comptait cinq objectifs :

  • décrire les situations et parcours des jeunes inclus,
  • analyser les évolutions de leurs situations au cours de l’accompagnement,
  • présenter les modalités d’appropriation du modèle « Un chez soi d’abord » par les équipes,
  • décrire l’inscription du dispositif dans le paysage local
  • et retracer le vécu des missions professionnelles par les équipes.

Méthodes

Des méthodes qualitatives et quantitatives ont été mixées pour le travail d’évaluation, dans une approche longitudinale et collaborative (avec les jeunes et les équipes). 109 jeunes ont été intégrés dans l’étude et suivis pendant 24 mois entre fin 2019 et avril 2023. Ils ont renseigné périodiquement avec une enquêtrice des questionnaires portant sur leurs parcours, leurs conditions de vie, leur santé et le soutien social perçu de la part des équipes. Une typologie des parcours des jeunes à l’entrée et une analyse longitudinale de leurs situations ont été réalisés à partir de ces résultats.

Des entretiens semi-directifs ont aussi été conduits auprès de 23 jeunes accompagnés depuis au moins un an. Ils portaient sur l’orientation dans le dispositif, l’appropriation de l’accompagnement, les évolutions perçues de leurs situations, leurs aspirations et leurs représentations de la fin de l’accompagnement. Auprès des équipes, des entretiens collectifs semi-directifs réguliers ont été réalisés pour étudier l’appropriation du modèle d’intervention et le vécu des missions professionnelles. L’ensemble des entretiens a fait l’objet d’une analyse de contenu thématique inductive. Un questionnaire sur la qualité de vie professionnelle a aussi été diffusé annuellement aux équipes.

Résultats

L’analyse des parcours et des situations des jeunes avant leur entrée dans le dispositif met en évidence différentes trajectoires de vie. Quatre parcours-types ont été construits. Ils ont été nommés « placement », « famille, formation », « psychiatrie » et « précarité sociale » selon les éléments les caractérisant le plus. La fréquence de ces parcours dépend des partenaires orienteurs identifiés sur chaque site. Quel que soit le parcours, deux éléments sont repérés chez tous les jeunes. D’une part, la précarité des conditions de vie en termes d’habiter, avec des épreuves répétées, des situations conflictuelles ou encore des situations de fin de droit dans les dispositifs d’accueil. D’autre part, l’exposition fréquente à des événements potentiellement traumatiques pendant l’enfance (67 % en ayant vécu au moins 4/10 selon l’échelle ACE).

Après l’entrée dans le dispositif, l’accès à un logement est rapide (un mois en moyenne), avec un bon maintien dans un logement (80 % à 24 mois) et un passage en bail direct pour 12 % des jeunes. Ce logement constitue une promesse d’autonomie, de répit et de sécurité pour les jeunes. Il suppose aussi de nouveaux défis dans l’appropriation du logement : son entretien ménager, un sentiment de solitude, la gestion du budget et des démarches administratives… Les ressources financières ont rapidement progressé, principalement par l’accès à l’AAH. Des difficultés dans la gestion financière ont pu être identifiées avec une hausse des dettes déclarées, ainsi que la mise en place de mesures de protection avec l’accompagnement des équipes. Le taux d’activité (emploi ou formation) a également augmenté avec des différences selon les parcours et un maintien dans l’emploi difficile. La qualité de vie perçue liée à la santé est stable. Toutefois, la santé mentale apparait moins bonne que la santé physique. La durée d’hospitalisation apparait proche de celle observée pendant l’expérimentation des ACT « Un chez soi d’abord », avec en majorité des hospitalisations en psychiatrie libre. Les risques liés à la consommation de produits psychoactifs sont plus élevés qu’en population générale mais n’augmentent pas pendant l’accompagnement.
Les jeunes évoquent le dispositif comme un soutien émotionnel et un « dispositif thérapeutique » leur permettant de réduire leurs besoins de soutien de la part de la psychiatrie.

Conclusions

L’expérimentation auprès des jeunes témoigne de plusieurs spécificités propres à cette catégorie d’âge qui justifient le besoin d’un accompagnement adapté : l’entrée dans l’âge adulte et les difficultés qui s’y rapportent, l’expérimentation d’un premier logement individuel pour beaucoup d’entre eux, des projets variés et fluctuants, un désir d’insertion professionnelle rapide…

Bien que les effets du dispositif sur leurs situations soient perçus différemment par les jeunes selon leurs parcours et leurs réseaux déjà existants, des effets positifs sont globalement perçus par tous sur la dimension du logement et de la santé mentale. Le positionnement des équipes auprès des jeunes leur permet d’élaborer et d’affirmer des choix de vie. Il se distingue parfois d’autres dispositifs de soutien expérimentés, ce qui peut nécessiter un temps d’appropriation pour les jeunes. La disponibilité de l’équipe constitue aussi un élément essentiel de l’accompagnement pour les jeunes, de même que la constance de la relation. Cette organisation et la nature des missions exposent toutefois les équipes à différents risques. Elles ont su mettre en place différentes pratiques aidantes pour y faire face.

Des besoins d’accompagnement plus poussés pour certains jeunes ont été repérés dans différentes dimensions : la gestion financière, pour éviter des dettes qui pourraient bloquer l’accès à un logement en bail direct, le maintien dans un emploi compatible avec les troubles, les modes d’habiter, pour des jeunes avec un parcours de rue déjà relativement long mais d’autres jeunes aussi, qui se sentent en difficulté dans l’entretien d’un logement. L’accompagnement des jeunes dans la signification de leurs épreuves de vie (en amont de leur inscription dans le dispositif ou dans le temps de leur accompagnement) constitue aussi un axe d’accompagnement important.

Des partenariats sont attendus de la part des équipes pour mieux pouvoir répondre à ces besoins des jeunes. Enfin, l’expérimentation de modes d’habitats alternatifs lorsque les logements « classiques » ne conviennent pas ou encore une intervention plus précoce, avant la majorité, d’un dispositif type « Un chez soi d’abord » constituent des opportunités qui restent à discuter au regard de certaines situations, en particulier pour les jeunes inscrits dans des parcours de type « précarité sociale ».

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