La Maison Sainte-Marie, au cœur de La Canourgue
La Maison Sainte-Marie, située dans le village de La Canourgue en Lozère, est un centre de soins singulier, dédié à l’accompagnement des femmes présentant une problématique addictive (mono ou poly addiction), en hospitalisation complète, ayant effectué au préalable un sevrage médical. Cet établissement de Soins Médicaux et de Réadaptation en Addictologie (SMRA), se distingue par son approche systémique et son engagement humaniste. Cet article vous propose de découvrir son histoire, ses spécificités et l’accompagnement thérapeutique des patientes.
Historique de la Maison Sainte-Mairie
La Maison Sainte-Marie a vu le jour en 1997, portée par l’initiative d’une femme, Laure Charpentier, qui au décours de son histoire de vie a été confrontée à l’absence de structure pouvant accueillir les femmes avec leurs enfants.
Sa rencontre en Lozère avec Jacques Blanc, alors maire de La Canourgue, ainsi que son frère, professeur de gastroentérologie à Montpellier, a permis de transformer une ancienne chapelle inutilisée en un centre de soins spécialisé.
L’établissement géré jusqu’en 2021 par le CCAS (Centre Communal d’Action Sociale) de La Canourgue est à ce jour géré par l’Association Lozérienne de Lutte contre les Fléaux Sociaux (A.L.L.F.S.) une association de type « Loi du 1er juillet 1901 ».
Les spécificités de la Maison Sainte-Marie
L’établissement reçoit des enfants de 3 à 6 ans (jusqu’à 6 places disponibles), sur des périodes hors vacances scolaires. Cette possibilité peut favoriser l’engagement dans une démarche de soins de la mère qui, pour des raisons affectives ou matérielles, ne peut envisager une séparation durant le séjour.
Au-delà du maintien du lien mère-enfant, l’objectif est l’amélioration de cette relation avec le réajustement de la place de chacun (enfant parentifié, relation fusionnelle, enfant sans limites) et une guidance parentale avec une présence de l’équipe dans la prise en charge éducative sans se substituer à la mère.
L’intégration dans une communauté locale
Contrairement à de nombreux SMRA isolés en milieu rural, la Maison Sainte-Marie se trouve au cœur du village de La Canourgue. Les patientes ont la possibilité de sortir et d’interagir avec les habitants dès le premier weekend de leur arrivée.
« Elles ont une vraie vie sociale avec les gens du village, avec les commerçants, c’est très gratifiant pour elles. Tous les mardis, il y a un petit marché à La Canourgue, elles sont ravies d’y aller ! »
— Chef de service
Cette socialisation progressive aide à renforcer leur confiance en elles et à préparer leur réinsertion dans la société.
La non-mixité : une parole libérée
Dans cette institution de 28 places, la non-mixité est un autre élément fondamental qui facilite une expression libre et une réflexion personnelle plus profonde. Cet environnement exclusivement féminin permet aux patientes de se sentir à l’aise dans leurs échanges, notamment autour de sujets fréquemment tabous ou douloureux.
Le choix de réserver l’établissement aux femmes permet de créer un espace de confiance, où les patientes peuvent s’exprimer sans crainte de jugement ou de comparaison avec des hommes. Cela favorise une prise de parole plus libre, essentielle pour aborder des sujets souvent liés à la honte, aux traumatismes et aux relations familiales complexes.
Accompagnement thérapeutique
Le programme de soins
Le séjour à la Maison Sainte-Marie s’organise autour d’un programme structuré autour d’activités collectives ou individuelles et d’un accompagnement individuel, médico-psycho-social et familial. Le projet de soins de chaque patiente est élaboré à partir d’un Bilan Éducatif Partagé (BEP), qui permet d’aborder les différentes dimensions de sa vie et d’identifier ses objectifs de soin :
- Envisager une réduction de consommation et / ou une abstinence ;
- Prévenir les complications des consommations ;
- Se réapproprier son corps ;
- Recouvrer un rythme de vie et de l’autonomie ;
- Réfléchir autour de leurs relations familiales ;
- Retrouver l’estime de soi ;
- Penser à l’origine de leurs difficultés.
Le BEP permet également d’orienter vers les diverses activités thérapeutiques qui sont proposées, telles que :
- Expression et créativité ;
- Education à la santé ;
- Apprivoiser ses émotions ;
- Entourage et famille ;
- Espace bien-être ;
- Activité physique adaptée ;
- Musicothérapie ;
- Préparation à la sortie.
Un projet individualisé
Le projet individualisé qui tient compte du parcours de vie et du parcours de soin est réévalué tout au long du séjour en équipe et avec la patiente. Cette co-construction permet d’évaluer les progrès réalisés et d’ajuster les objectifs en fonction de ses besoins. A la fin du séjour, le document lui est remis, lui permettant de poursuivre les efforts entrepris.
De plus, à chaque sortie, l’équipe transmet au prescripteur et aux professionnels choisis par la patiente un compte rendu détaillé et pluridisciplinaire, garantissant ainsi la continuité des soins après le départ de l’établissement.
La préparation à la sortie
Tout au long du séjour, les professionnels de la Maison Sainte-Marie suivent attentivement l’évolution des patientes, depuis leur arrivée jusqu’à leur sortie.
En milieu de séjour, les patientes réalisent qu’elles ont atteint la moitié de leur parcours et commencent à envisager leur retour à la réalité. Les ateliers « Réflexions et projets » du programme de soins leur permettent de se mobiliser sur des changements et les aident à se projeter.
Au cours des séances, l’équipe accompagne les patientes dans la définition de leurs objectifs de changement afin d’améliorer leur quotidien à la sortie.
La possibilité d’intégrer le studio durant un week-end ou l’appartement thérapeutique (sur une durée plus longue) permettent une « mise en situation
» pendant le séjour pour expérimenter et se confronter à la réalité du quotidien en dehors du cadre sécurisant institutionnel.
Ces outils thérapeutiques favorisent également le travail sur la confiance en soi, le rapport aux autres avec la cohabitation, la reprise de rythme et l’autonomie.
L’abstinence le temps du séjour
L’établissement a instauré une règle stricte : les patientes doivent arriver avec un taux d’alcoolémie nul. Bien que cette mesure ait été difficile à mettre en place pour les professionnels au début, elle s’est révélée essentielle pour assurer une entrée dans le soin dans de bonnes conditions.
« On dit souvent aux patientes que deux choses doivent être réunies pour que l’on puisse travailler ensemble. Il est important qu’elles parviennent à nous faire confiance et qu’elles se sentent en sécurité dans l’établissement ».
— Chef de service
Néanmoins, l’équipe tient compte de « là où en est la patiente » et ne cherche pas à imposer une abstinence totale à long terme. La porte ouverte aux réflexions sur la gestion future de la consommation est un axe de travail et la rechute n’est pas considérée comme un échec, mais comme une étape nécessaire qui fait partie du parcours de certaines patientes.
Possibilité de revenir, le renouvellement des séjours
L’établissement propose deux formats de séjour pour répondre aux besoins individuels des patientes.
- Séjour de 8 semaines : il permet de participer à l’ensemble du programme thérapeutique.
- Séjour de 6 semaines : envisageable selon la situation et le parcours de soins antérieur de la patiente.
L’établissement propose une prise en charge au long cours avec la possibilité d’effectuer plusieurs séjours. Comme l’expliquent la directrice et le chef de service :
« Notre expérience nous amène à considérer l’importance de la temporalité et du rythme de chacune dans sa trajectoire de soins ».
L’appropriation d’une motivation plus personnelle (en dehors de toute contrainte sociale ou familiale) et l’acceptation d’un travail sur soi émergent pour certaines lors d’un deuxième séjour après un temps d’affiliation. Cette flexibilité traduit la volonté de l’établissement de maintenir un lien avec les patientes et de leur permettre de renforcer ou d’approfondir les pistes de travail si elles le souhaitent.
Sorties et visites
Les sorties hebdomadaires se déroulent selon des règles précises pour garantir un bon équilibre entre la thérapie et la réinsertion sociale. Les patientes admises le mardi sont autorisées dès le vendredi, à partir de 16h00, à sortir librement dans le village, en dehors des activités obligatoires. A cette occasion, l’équipe accompagne les patientes qui en ressentent le besoin, comme l’évoquent le chef de service et la directrice :
« Nous évaluons, avec elles et en équipe, leurs craintes éventuelles de reconsommer ou leur appréhension à sortir. Et auquel cas, on met des petites choses en place ».
« Parfois, elles demandent aussi un garde-fou. Elles peuvent demander à être contrôlées, on s’adapte. On est vraiment dans un souci de tenir compte de là où elles en sont ».
Les sorties d’essai thérapeutique, quant à elles, sont autorisées à partir du troisième week-end. Elles offrent aux patientes l’opportunité de passer une journée ou un week-end en dehors de l’établissement, afin de tester leur capacité à se gérer dans leur environnement extérieur. Le nombre de sorties accordées varie en fonction de la durée du séjour.
Les visites de la famille et des proches sont également possibles à partir de cette date. Les familles peuvent venir visiter la structure et passer du temps avec les patientes dans des espaces de convivialité spécialement aménagés, en dehors des rendez-vous. Cependant, les professionnels notent que ces moments sont rarement exploités en raison de l’éloignement géographique, qui sépare parfois les patientes de leurs familles par de longues distances.
Conclusion
La Maison Sainte-Marie se distingue par son approche humaniste et systémique des soins en addictologie. L’offre de soins proposée met l’accent sur la socialisation et la prise en compte des réalités familiales et relationnelles, au travers d’une prise en charge globale permettant de retrouver un bien-être physique, psychologique et une nouvelle qualité de vie.
Infos pratiques :
Contact@maison-sainte-mairie.fr
04 66 42 56 56
6 Place du Pré Commun, 48 500 La Canourgue