Les ateliers thérapeutiques de la Maison Sainte-Marie
Nous avons eu l’opportunité de passer une journée à la Maison Sainte-Marie, à La Canourgue. Au cours de cette immersion, nous avons pu visiter les lieux et échanger avec de nombreux professionnels qui contribuent quotidiennement au bon fonctionnement de l’établissement et à l’accompagnement des femmes admises. En plus des ateliers que nous avons découverts en profondeur, les patientes bénéficient de plusieurs autres activités essentielles à leur projet thérapeutique : « éducation à la santé », « espace bien-être », « activité physique », « préparer son retour » et « parlons santé ». Ces ateliers offrent un cadre structuré et un accompagnement diversifié pour répondre aux différents besoins des femmes accueillies.
Cette journée nous a également permis de nous entretenir plus particulièrement avec trois des intervenants, approfondissant notre compréhension de leur parcours, de leur manière de travailler, des ateliers qu’ils animent pour les patientes et des bénéfices que ces activités peuvent leur apporter. Découvrez ce qui se cache derrière l’atelier « Apprivoiser ses émotions » et la musicothérapie, l’atelier « Entourage famille », ainsi que l’atelier « Expression et créativité ».
Entre apprivoisement des émotions et musicothérapie
Parcours du psychologue et approche de travail
Le psychologue de la Maison Sainte-Marie, avec une formation en psychologie clinique enrichie par un Diplôme Universitaire en musicothérapie et des compétences en Programmation Neuro-Linguistique (PNL), apporte une expertise centrale sur le travail des émotions, un domaine souvent complexe pour les patientes. Fort d’expériences dans divers environnements, notamment dans le handicap, il a constaté que l’écoute active et les méthodes douces d’introspection sont essentielles pour un travail efficace et bienveillant des émotions.
L’atelier « Apprivoiser ses émotions » : reconnecter esprit et corps
L’atelier « Apprivoiser ses émotions » se déploie sur sept séances structurées pour permettre aux patientes de comprendre et de ressentir leurs émotions de manière progressive. Souvent, celles-ci ressentent un éloignement de leurs émotions et cet atelier vise à établir un cheminement pour identifier et accepter les émotions sans malaise. Les outils incluent la cohérence cardiaque et la méditation, permettant aux patientes de mieux appréhender leurs ressentis corporels et de sortir d’une approche uniquement intellectuelle. Comme le souligne le psychologue :
« On va leur proposer un outil, on va construire un schéma, un outil de travail pour comprendre la dynamique des émotions et pour mettre en lien les émotions avec ce qu’elles font, leurs comportements, avec ce qui se passe, avec ce qu’elles vivent, avec ce qui se passe dans leur tête ».
Au fil des séances, les patientes apprennent à s’écouter et commencent à comprendre les rouages entre leur ressenti corporel et l’esprit, leur offrant un guide de compréhension de soi dans la prise de décision et leur rapport à l’addiction. Le psychologue a pour objectif de les amener à se questionner :
« Comment ça me permet de comprendre aussi mon addiction, ou en tout cas une partie de mon addiction. C’est-à-dire que la plupart du temps, je cherche à les anesthésier, le produit est justement un couvercle dessus et mieux comprendre justement ce qui se passe quand je mets un couvercle dessus avec le produit ».
Cet exercice favorise une meilleure compréhension de leurs propres besoins, souvent refoulés ou négligés.
Musicothérapie : un espace de relâchement émotionnel par la musique
En complément, le psychologue propose des séances de musicothérapie deux fois par semaine. Celles-ci utilisent une bande sonore spécialement conçue pour guider les patientes vers un état de relaxation, dans un environnement serein où elles peuvent s’allonger, fermer les yeux et se laisser porter par la musique. Chaque séance suit une structure en « U », alternant des morceaux rythmés et apaisants pour créer une descente progressive dans la relaxation. Cette méthode permet aux patients de découvrir un espace apaisant où elles peuvent se reconnecter à elles-mêmes.
« On fait un lien très important entre ce qu’elles ressentent et leurs propres besoins, ce que la plupart ne connaissent pas, elles sont souvent beaucoup plus attentives aux états d’âme des autres »
— Explique le psychologue.
La musicothérapie a également un volet éducatif, avec un atelier final sur la création de parcours sonores pour que les patientes puissent utiliser la musique de manière autonome dans leur quotidien. Ce que nous illustre le psychologue :
« Je favorise aussi la recherche musicale. Il y a vraiment quelque chose dans lequel elles peuvent prendre du plaisir à écouter une musique, à explorer d’autres musiques qu’elles ne connaissent pas. […] Il y a quelque chose qui est très chouette, ne serait-ce qu’au niveau de l’occupation de l’esprit, la stimulation de l’esprit et il y a beaucoup de surprise émotionnelle quand on fait ce travail de recherche musicale ».
L’objectif est qu’elles apprennent à réguler leurs émotions par l’écoute musicale et à en faire un outil de soutien émotionnel durable.
Points positifs et limites dans la pratique du psychologue
Le psychologue met en avant la richesse de son rôle auprès des patientes, où la dynamique des entrées et des sorties crée une intensité stimulante :
« On rencontre énormément de personnes, beaucoup de personnalités différentes, on fait de superbes rencontres. J’aime bien devoir m’adapter chaque semaine à de nouvelles personnes, devoir cerner rapidement quelqu’un, du moins le mieux possible et mettre en place un programme de soin et des objectifs adaptés »
Cependant, le temps limité de chaque séjour, généralement de six à huit semaines, est un défi :
« Parfois ça donne l’impression de couper un petit peu l’élan qui est en route. Surtout quand les personnes ont besoin de temps pour pouvoir nous faire confiance, pour pouvoir comprendre ce qu’elles font ici, quel est notre travail et qu’il y ait quelque chose qui démarre ».
Malgré cela, il constate qu’en raison de la forte demande des patientes pour des suivis individuels, l’investissement que certaines mettent dans leur travail lors des séances permet d’obtenir des résultats profonds dans cette durée relativement courte.
L’approche systémique au SMR de la Maison Sainte-Marie
Quelques lignes sur l’approche systémique
La prise en charge de la patiente repose sur un accompagnement pluridisciplinaire construit autour d’un projet de soin individualisé, après une évaluation médicale, sociale et psychologique, tout cela dans une approche globale systémique et familiale (approche initialement installée par le Dr. Fouissac Alain, pédopsychiatre et thérapeute familial qui a formé l’équipe à cette lecture).
Les modalités d’accueil avec des séjours de 06 à 08 semaines, mais aussi la possibilité de revenir pour un nouveau séjour, donnent aux professionnels une temporalité suffisante pour mettre en œuvre soit des entretiens familiaux, soit des outils systémiques.
L’approche systémique familiale dans le champ des addictions est fondée sur l’hypothèse que l’usage des substances psychoactives peut être lu comme un symptôme des dysfonctionnements relationnels intrafamiliaux.
Cela permet à la patiente de poser un regard différent sur son addiction, cela la décentre du produit pour investir un travail de réflexion plus large autour de son environnement relationnel, mais aussi de la place qui lui a été attribuée dans sa famille d’origine et des liens qu’elle peut faire entre son addiction et cette place.
L’addiction pouvant être considérée comme une solution et non un problème et paradoxalement favorisant un certain équilibre familial.
Les relations familiales
Réaliser un travail avec les familles permet d’explorer les interactions entre les membres du système et d’ouvrir à de nouvelles perspectives de travail plus larges, moins centrées sur la personne mais plutôt sur les relations.
Il y a parfois des relations « pas trop logiques » ou pathologiques qui nécessitent d’être mises au travail et qui peuvent éclairer des dysfonctionnements familiaux.
L’objectif pouvant être, par exemple, de neutraliser les redondances problématiques par une autre manière de construire la relation.
Exemple de redondances identifiées :
- Parler exclusivement de la consommation : se limite à « arrête de consommer », rigidifie le dialogue autour de la consommation, ce qui a pour effet que la patiente s’isole.
- Surprotection de la patiente : moins elle se heurte aux conséquences, plus elle se déresponsabilise et moins elle se montre demandeuse de changement.
- Une alternance entre la surprotection et la responsabilisation.
- Les critiques exacerbées.
Le travail familial avec les différents membres de la famille permet une redistribution des rôles de sorte que tous, se sentent impliqués et contribuent à la requalification de la structure relationnelle.
Comment mobiliser les membres du système familial ?
Le travail de groupe dans le cadre de l’atelier entourage famille, permet de faire connaissance avec cette approche, de rassurer la patiente quant au fait que nous ne sommes pas là pour perturber l’équilibre familial, mais plutôt pour accompagner vers une nouvelle dynamique.
Il permet aussi une mise en commun de situations relationnelles souvent très proches. Les patientes se sentent « rassurées » de vérifier qu’elles ne sont pas isolées dans leur contexte relationnel familial. Elles se montrent soutenantes entre elles, ce qui favorise l’émergence de postures relationnelles différentes.
Après un travail explicatif en groupe, des entretiens individuels à visée systémique peuvent être mis en place ainsi que des entretiens de famille. Les familles étant considérées comme des alliées dans l’accompagnement proposé.
L’alliance thérapeutique
Travailler autour de l’affiliation est nécessaire pour créer une relation de confiance. Chacun doit être reconnu dans sa perception de la situation, ses émotions, ses efforts pour l’améliorer, mais aussi son désir de trouver des solutions. Reconnaître la différence de chacun, d’où l’importance d’évoquer l’analyse de la situation en terme relationnel puisque c’est à ce niveau qu’il est possible d’agir.
L’alliance thérapeutique donne l’envie de se mobiliser, c’est-à-dire d’essayer d’autres comportements, de nouvelles attitudes, d’autres interactions. Mais aussi de pouvoir penser l’autre à une nouvelle place et ainsi s’autoriser des alternatives relationnelles.
L’objectif des entretiens est de créer d’autres façons d’être en relation avec plus de souplesse et de communication (restauration d’un dialogue). Mettre en perspective les modalités relationnelles sur plusieurs générations et de cette manière permettre aux parents d’une patiente d’interroger leurs façons d’être en relation avec leur fille et comment eux étaient en lien avec leurs propres parents.
Techniques d’intervention
- Questionner puis reformuler les boucles interactionnelles problématiques.
- Travailler sur les représentations, par exemple, s’intéresser au sens de la consommation.
- Recadrage pour élargir la perception de la situation, par exemple interroger les répétitions relationnelles intergénérationnelles.
- Prescription de tâches comportementales, en essayant une nouvelle manière de faire.
- Les personnes se rendent compte qu’il y a des attitudes qui favorisent la relation et d’autres qui la rigidifient.
Travailler sur les relations familiales change la dynamique de la famille. Cela met en mouvement d’autres transactions relationnelles.
Il est primordial que la famille se sente invitée à un travail, qu’elle ne se sente ni jugée, ni reconnue coupable de quoi que ce soit pour qu’elle soit coopérante et donc facilitatrice de l’accompagnement des professionnels.
Les outils systémiques
Les outils systémiques utilisés sont principalement le génogramme et le jeu de l’oie. Ces outils permettent d’ouvrir à une réflexion autour de leur famille sans pour autant que la famille soit toujours présente.
Le génogramme permet de parler de son histoire sur plusieurs générations, il permet de représenter visuellement les liens relationnels dans la famille et peu mettre en avant les répétitions des modalités relationnelles, permettant ainsi de prendre conscience de certaines répétitions couteuses (addictions, suicides…). Cette relecture de son histoire avec l’aide d’un regard extérieur permet de se déplacer et de s’autoriser à prendre une nouvelle trajectoire de vie.
Jeu de l’oie est un outil systémique ludique qui facilite la compréhension des évènements marquants de sa famille et dont sa mise en œuvre ouvre à une meilleure connaissance de sa place dans son histoire familiale. Il permet aussi de poursuivre cette même histoire dans une trajectoire plus singulière.
En conclusion l’approche systémique familiale donne les moyens aux patientes de poser un regard différent sur leur addiction et sur leur histoire familiale.
Il ouvre un espace aux familles souvent désireuses de mieux comprendre et de mieux soutenir leur proche. Ces mêmes familles connotent de manière très positive ces entretiens les mobilisant sur d’autres perspectives évolutives en créant un possible meilleur, là où souvent, les perspectives sont sombres.
Même si la mise en œuvre des entretiens est complexe et nécessite de l’énergie, les résultats produits sont souvent significatifs dans l’accompagnement de nos patientes.
L’atelier « Expression et créativité » : une reconquête de soi par l’art
À la Maison Sainte-Marie, l’atelier « Expression et créativité » constitue un espace unique de réinvention et de reconstruction personnelle. Animé par deux monitrices aux approches complémentaires, cet atelier vise à offrir aux patientes un lieu d’expression où la création artistique devient un vecteur de transformation intérieure. En se plongeant dans l’art, les patientes se reconnectent à elles-mêmes, gagnent en confiance et reconstruisent progressivement une image de soi positive, en dehors des contraintes du quotidien. Une patiente exprime sa surprise et sa fierté en affichant son témoignage dans la salle d’activité : « J’aurais jamais cru que je pourrais faire ça ! »
Un cadre bienveillant et structuré
L’atelier « Expression et créativité » se déroule dans un environnement calme et sécurisant, propice au respect de soi et des autres. Ici, l’important n’est pas le produit final, mais le chemin que chaque femme parcourt dans l’élaboration de son projet. Cette philosophie, apportée par les deux monitrices, se traduit dans chaque activité et favorise une atmosphère de respect mutuel et de concentration, où chaque patiente est encouragée à se dépasser sans pression. Les murs des ateliers créatifs sont tapissés des œuvres et des messages inspirants laissés par les patientes, tel que celui-ci :
« Au début, je n’avais pas très envie de le faire… Mais au fur et à mesure, les idées me sont venues et j’ai eu envie de concrétiser mon projet. Par la suite, j’ai même envie de créer chez moi ! »
— Extrait d’un message laissé, Patiente
Les monitrices accompagnent les patientes dans cette démarche introspective, en les soutenant sans les materner et en les aidant à surmonter les difficultés rencontrées dans le processus créatif. En adoptant une posture bienveillante mais non intrusive, les accompagnatrices permettent à chaque femme d’expérimenter ses propres forces et capacités.
Deux méthodologies pour explorer la créativité
Les deux accompagnatrices ont une approche spécifique qui contribue à une expérience diversifiée de l’atelier, où la création artistique prend tout son sens.
La première approche : l’acceptation du processus par le travail de la terre
Les patientes vont travailler principalement avec la terre, notamment avec la création d’une mosaïque en céramique où chaque morceau est fabriqué en terre. Ce projet exige patience et endurance, car il implique une succession de gestes, d’étapes et d’attentes – malaxage, séchage, cuisson, peinture – qui permettent aux patients d’expérimenter l’art de la temporalité. Chaque pièce devra être cassée puis réassemblée dans la mosaïque finale, symbolisant la notion de reconstruction. Ce processus complexe encourage les patientes à faire preuve de persévérance et à accepter que la beauté d’une œuvre puisse naître de ses imperfections et de ses étapes de transformation.
La seconde approche : la persévérance et l’engagement dans un projet unique
Les patientes sont invitées à choisir une activité parmi plusieurs options : l’arbre de vie, le color art, les tableaux de sable coloré, le patchwork, le pastel, le modelage et la fabrication d’un album photos en scrapbooking. Une fois leur choix fait, elles doivent mener leur projet à bien avant de pouvoir passer à un autre, cultivant ainsi la patience et le sens de l’engagement. Cet apprentissage, centré sur la persévérance et l’accomplissement, permet aux patientes d’apprécier la satisfaction qui découle d’un travail mené jusqu’à son terme, renforçant ainsi leur confiance en elles.
En s’investissant pleinement dans leur projet, les patientes développent des compétences de résilience et d’endurance émotionnelle qui pourront leur être bénéfiques bien au-delà de l’atelier.
Un lieu de transformation et de réappropriation de soi
L’impact de l’atelier dépasse souvent le cadre de la création artistique. Au fil des séances, les patientes redécouvrent leur potentiel créatif, renouent avec leurs émotions et éprouvent un sentiment de fierté et de valorisation. L’art devient un miroir de leurs propres capacités à surmonter les obstacles, à aller au bout de leurs projets et parfois même à dépasser leurs attentes initiales. Une patiente s’exprime à ce sujet :
« On est toutes arrivées ici quasiment en ayant plus d’amour propre, et on repart fortes comme un roc quoi »
— Patiente
Pour de nombreuses patientes, cet atelier réveille des passions qui pourront continuer à les inspirer dans leur vie future, voire les inciter à commercialiser leurs créations ou à développer une activité créative autonome.
Les défis et la motivation des monitrices : un engagement au service de la reconnaissance de soi
Les monitrices de l’atelier, engagées et passionnées, tirent leur motivation de l’impact positif de leur travail sur les patientes. Pour les monitrices, la formation continue, la remise en question et la liberté de méthode sont essentielles pour répondre aux besoins spécifiques des femmes qu’elles accompagnent. Cependant, leur travail exige une attention et une résilience constante face aux situations émotionnellement éprouvantes qu’elles rencontrent.
En encourageant les patientes à voir au-delà de leurs difficultés, les monitrices leur offrent un espace où l’expression artistique devient une échappatoire, un moyen de se redécouvrir et un chemin vers une estime de soi renouvelée. « Créativité, Expression, Revivre, Fierté, Satisfaction, Évasion » : autant de mots inscrits sur le mur qui résonnent pour les patientes et illustrent le cheminement personnel qu’elles parcourent.
Infos pratiques :
Contact@maison-sainte-mairie.fr
04 66 42 56 56
6 Place du Pré Commun, 48 500 La Canourgue